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C'est évident, et pourtant cela est soigneusement occulté à l'opinion publique internationale (et régionale), ce qui mérite qu'on fasse ici quelques remarques sur le sujet. L'idée centrale réside dans le fait que, si l'on considère que les juifs ont tous les droits sur «la terre d'Israël», alors on considère également que n'importe quel non-juif résidant sur cette terre n'a absolument aucun droit sur cette dernière. C'est aussi simple que cela, et d'un point de vue idéologique cela fait l'unanimité. Aucun dirigeant israélien, aucun parti, n'a jamais envisagé le peuple palestinien comme une nation ou même comme une minorité nationale (après le nettoyage ethnique de 1948). Culturellement, historiquement, humainement, le sionisme considère les Palestiniens comme inférieurs. Même Shimon Peres, qui occasionnellement semble tenir un langage un peu humain, ne peut se contraindre à admettre que les Palestiniens méritent l'égalité. Les juifs doivent rester majoritaires, posséder toute la terre, définir les lois s'appliquant indifféremment aux juifs et aux non-juifs, garantir l'immigration et le rapatriement pour les juifs uniquement. Ainsi, bien qu'il existe toutes sortes d'incohérences et de contradictions (par exemple, pourquoi la démocratie, comme on l'appelle, devrait-elle exister pour un peuple mais pas pour un autre dans un «État démocratique»?), Israël poursuit sans s'en soucier ses politiques ethnocentriques, exclusives et intolérantes. Aucun autre État sur la planète à part Israël n'aurait pu maintenir une politique si odieusement discriminatoire contre une population autochtone, basée uniquement sur des critères religieux et ethniques, et qui interdit à une population de posséder une terre, ou de la conserver, ou de vivre sans subir de répression militaire. Car Israël possède une réputation internationale édifiante de pays libéral, admirable en tout point et avancé. Cela m'amène à la seconde voie empruntée par la politique israélienne, qui doit être considérée à travers une lentille double. Même si on assiège les villes palestiniennes en usant de techniques médiévales comme les fossés et les blocus militaires, il est tout à fait possible de conserver pendant ce temps l'image d'une victime assiégée, victime d'une violence dangereuse à visées exterminatrices. Les soldats israéliens (qu'on appelle une «force de défense») bombardent les maisons palestiniennes avec des hélicoptères d'assaut, des missiles perfectionnés, et des barrages de chars. Les soldats israéliens tuent 400 civils, en blessent 12.000, abaissent de 50 pour cent le niveau des revenus, tandis que le chômage augmente de 45 pour cent dans le même temps; les bulldozers israéliens détruisent 44.000 arbres palestiniens, démolissent des maisons, créent des fortifications qui rendent tout mouvement impossible - les planificateurs israéliens construisent de leur côté plus de colonies et de routes vers ces colonies - tout cela en conservant l'image d'un peuple pauvre, sans défense et terriblement menacé. Comment? Par le biais d'une campagne de relation publique concertée au plan international et particulièrement américain, qui se révèle aussi cynique qu'efficace. Rien que la semaine dernière, Sharon, Peres, et Abraham Burg (le porte-parole de la Knesset) se sont rendus aux États-Unis afin de consolider l'image israélienne d'un juste combat contre la violence terroriste. Tous les trois, ils ont circulé d'une plateforme publique influente à une autre, obtenant minute après minute soutien et sympathie pour les politiques menées par Israël. En outre, les médias annonçaient que le gouvernement israélien avait engagé deux sociétés spécialisées dans les relations publiques afin de continuer à promouvoir sa politique à travers des publicités, des efforts concertés de lobbying, et des liaisons parlementaires à Washington. Les informations relatives à l'Intifada palestinienne ont progressivement disparu des médias. Après tout, combien de temps la «violence», qui ne semble dirigée ni contre une injustice ancienne (comme l'occupation militaire et les sanctions collectives), ni contre une politique particulière (comme l'inflexible refus d'Israël de considérer que les demandes palestiniennes puissent être fondées), peut-elle conserver l'attention de journalistes dont la moindre déviation de la ligne éditoriale pro-israélienne est immédiatement punie? Ce n'est pas uniquement parce que les journalistes n'ont aucune histoire à se mettre sous la dent (comme un rapide descriptif de la libération palestinienne), mais également parce qu'Israël n'a jamais été fermement condamné pour des années de violation des droits de l'homme contre l'ensemble de la population palestinienne. La commission d'enquête du sénateur George Mitchell, tout comme le groupe d'experts des droits de l'homme de Mary Robinson, comprenant un groupe de renom qui inclu le Professeur Richard Falk de Princeton, arriveront à des conclusions identiques. J'ai lu le rapport Robinson et sa condamnation non équivoque de la cruauté de la réponse militaire disproportionnée d'Israël face à ce qui n'est rien d'autre qu'un soulèvement civil anti-colonial. Mais on peut être sûr qu'un nombre réduit de personnes pourra en définitive avoir accès ou être touché par ces excellents rapports. La machine à relation publique d'Israël s'en chargera, particulièrement aux États-Unis. Ce type de campagne de propagande est en effet bien plus efficace aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne par exemple. Robert Fisk, un excellent journaliste spécialiste du Moyen Orient pour The Independent, s'est plaint des attaques à son encontre et contre son journal de la part du lobby israélien britannique, ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire courageusement sur le sujet. Et quand le magnat des médias canadiens Conrad Black a essayé d'arrêter ou de censurer les critiques contre Israël dans le Daily Telegraph ou The Spectator, qui lui appartiennent, ses éditorialistes et d'autres encore, comme Ian Gilmour, ont pu lui répondre directement dans les pages de ses propres journaux. Ceci ne pourrait arriver aux États-Unis, puisque la plupart des principaux journaux et journalistes ne tolèrent pas le moindre commentaire pro-palestinien dans leurs lignes éditoriales. Le New York Times contient deux ou trois articles de ce genre contre des dizaines de commentaires «neutres» ou pro-israéliens. Le schéma est le même dans chaque grand journal américain. En conséquence de quoi le lecteur moyen est submergé par des dizaines et des dizaines d'articles sur la «violence», comme si cette violence était d'une certaine manière équivalente ou même pire que les attaques des hélicoptères, des tanks et des missiles israéliens. S'il semble malheureusement vrai que la mort d'un Israélien vaut celle de nombreux Palestiniens sur le terrain, il est également vrai que malgré leur réelle souffrance et leur humiliation quotidienne, les Palestiniens ne sont guère considérés par les médias comme à peine plus humains que des cafards et des terroristes, termes effectivement utilisés à titre de comparaison. Le fond de tout cela est que l'Intifada palestinienne est sans protection et inefficace jusqu'à ce qu'elle apparaisse comme une guerre de libération aux yeux de l'Occident. Les États-Unis sont les plus solides partisans d'Israël avec un apport de 5 milliards de dollars par an, et les Israéliens ont parfaitement conscience depuis longtemps du rôle de leur propagande qui leur permet de faire ce qui leur plaît tout en conservant une image d'une justice sereine et de leur bon droit. En tant que peuple, nous, Palestiniens, devons agir de la même manière que le mouvement sud-africain anti-apartheid en son temps, c'est-à-dire gagner la légitimité nécessaire en Europe mais surtout aux États-Unis, afin de délégitimer le régime d'apartheid. Le principe colonial israélien sans son ensemble doit être discrédité de la même façon, et ce afin de progresser dans la voie de l'auto-détermination palestinienne. Cette tâche ne peut plus être remise à plus tard. En 1982, durant le siège de Beyrouth par les armées de Sharon, un groupe substantiel d'hommes d'affaires et d'intellectuels palestiniens se rencontrèrent à Londres. L'idée était de soulager les souffrances palestiniennes et aussi de monter une campagne d'information aux États-Unis: la résistance palestinienne sur le terrain et l'image perçue étaient vues comme deux aspects d'importance égale. Mais avec le temps, le second aspect des choses fut totalement abandonné, pour des raisons que je ne peux toujours pas comprendre totalement. Il ne faut pas s'appeler Aristote pour mettre en relation l'architecture de propagande donnant aux Palestiniens le rôle de vilains terroristes fanatiques, et l'aisance avec laquelle Israël, tout en commettant quotidiennement des crimes de guerre odieux, parvient à conserver un soutien américain sans réserve payé en totalité avec l'argent du contribuable américain qui n'est pas en mesure de comprendre la situation. Cette situation est intolérable, et tant que la lutte palestinienne n'engagera pas résolument tous ses efforts à se représenter elle-même comme le récit historique d'une survie valeureuse face au colonialisme israélien, nous n'aurons aucune chance d'obtenir nos droits en tant que peuple. Chaque pierre est lancée symboliquement pour soutenir l'égalité et la justice, et doit donc être interprêtée comme telle, et non pas présentée comme de la violence gratuite ou un rejet aveugle de la paix. La communication palestinienne doit modifier son cadre, et doit en prendre immédiatement l'entière responsabilité. Un objectif commun et unifié doit être défini. Dans un monde globalisé, où politique et communication sont mis au même niveau, les Palestiniens ne peuvent plus se permettre d'éluder cette tâche, qui, malheureusement, échappe totalement à leurs dirigeants. Cela doit être fait si la perte de vies et de terres doit prendre fin, et si la libération est la véritable finalité, et non une servitude sans fin vis-à-vis d'Israël. L'ironie veut que la vérité et la justice soient du côté palestinien, mais tant que les Palestiniens eux-mêmes n'auront pas établi cela clairement - aux yeux du monde en général, vis-à-vis d'eux-mêmes, aux yeux des Israéliens et des Américains en particulier -, ni la vérité ni la justice ne pourront prévaloir. Pour un peuple qui a déjà enduré un siècle d'injustice, il est certain qu'une politique de communication adaptée est possible. Cela nécessite une volonté réorientée et réajustée sur la victoire contre l'occupation militaire et l'expropriation basées sur des critères ethniques et religieux. [ Traduit de l'anglais par L.
H. ] | |||||
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