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  "Le vrai problиme : le sionisme amйricain"
Edward Said    08/11/2000
source : Al-Ahram Weekly
URL : http://www.lai-aib.org/lai/article_lai.phtml?section=A1ABBRBF&object_id=8037

Palestine Sionisme

"Le vrai problиme : le sionisme amйricain"
par Edward Saпd
[traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier]

"Le vrai problиme : le sionisme amйricain" a йtй publiй en trois parties dans Al-Ahram Weekly (hebdomadaire йgyptien anglophone) entre le 21 septembre et le 8 novembre 2000.

Edward Saпd est professeur de littйrature comparйe а la Columbia University.
Depuis longtemps engagй dans la lutte pour la reconnaissance des droits du peuple palestinien, il a dйmissionnй en 1991 du Conseil national palestinien. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la littйrature, la musique et la politique, dont, traduits en franзais, "Israлl, Palestine : l'йgalitй ou rien" aux йditions La Fabrique (1999), "Entre guerre et paix" aux йditions Arlйa (1997), "Des intellectuels et du Pouvoir" aux йditions du Seuil (1996).

PREMIERE PARTIE
Ceci est un premier article d'une sйrie consacrйe au rфle mal compris et mal perзu du sionisme amйricain dans la question de la Palestine. De mon point de vue, le rфle des groupes et des associations sionistes, trиs bien organisйs, aux Etats-Unis, n'a pas йtй suffisamment pris en considйration tout au long de la pйriode du "processus de paix", nйgligence que je trouve stupйfiante, йtant donnй que la politique palestinienne a consistй, essentiellement, а remettre notre sort entre les mains des Etats-Unis, sans aucune conscience stratйgique de la maniиre avec laquelle la politique amйricaine est rйellement dominйe - si ce n'est entiиrement contrфlйe - par une petite minoritй de personnes dont les opinions sur la paix au Moyen-Orient sont, а bien des йgards, encore plus extrйmistes que celles du Likoud israйlien
Laissez-moi donner un petit exemple. Il y a un mois, le journal israйlien Ha'Aretz a envoyй un de ses йditorialistes en vue, Ari Shavit, pour plusieurs jours d'entretien avec moi ; un bon compte-rendu de cette longue conversation a йtй publiй sous la forme d'une interview avec questions et rйponses, dans le supplйment au numйro du 18 aoыt, pratiquement in extenso, et sans censure. J'ai formulй mes vues de maniиre parfaitement candide, en insistant davantage sur le droit au retour, sur les йvйnements de 1948 et sur les responsabilitйs d'Israлl dans tout зa. J'ai йtй (agrйablement) surpris de constater que mes opinions ont йtй exposйes exactement comme je les ai formulйes, sans la moindre tentation de sensationnalisme de la part du journaliste, dont la courtoisie et l'absence d'agressivitй ne s'йtaient jamais dйmenties
Une semaine aprиs l'interview, vint une rйponse, celle de Meron Benvenisti, ancien adjoint au maire de Jйrusalem а l'йpoque de Teddy Kollek. Elle йtait outrageusement personnelle, pleine d'insultes et d'accusations scandaleuses а l'йgard de ma famille et de moi-mкme. Mais il n'a jamais dйniй qu'il existвt un peuple palestinien, ou que nous ayons йtй expulsйs (hors de la Palestine) en 1948. En substance, il disait : "nous les avons vaincus, pourquoi devrions-nous nous sentir coupables ?" La semaine suivante, je rйpondais а Benvenisti dans les colonnes du mкme journal, Ha'Aretz : lа encore, aucune coupure. Je rappelais aux lecteurs israйliens que Benvenisti йtait responsable de la destruction (et sans doute йtait-il au courant du massacre de plusieurs Palestiniens) du quartier des Maghrйbins (а Jйrusalem : Haret al-Magharibah), en 1967, qui entraоna pour des centaines de Palestiniens la perte de leur logement, pulvйrisй par les bulldozers israйliens. Mais je n'avais pas а rappeler а Benvenisti ou aux lecteurs du Ha'Aretz que nous existions en tant que peuple et que nous avions au moins le droit de dйbattre de notre droit au retour. C'йtait (pour eux) une йvidence
Deux choses. L'une, c'est que l'ensemble de cette interview n'aurait jamais pu paraоtre dans un journal amйricain, et certainement pas dans l'un quelconque des journaux des Juifs-Amйricains. Si ces journaux m'avaient interviewй, les questions auraient йtй agressives, se seraient voulues dйstabilisantes, insultantes, du type : "pourquoi avez-vous prкtй main-forte au terrorisme, pourquoi ne voulez-vous pas reconnaоtre Israлl, Hajj Amin (al-Huseпny, mufti de Jйrusalem, NdT) n'йtait-il pas un nazi ?, etc..." La deuxiиme, c'est qu'un sioniste israйlien de droite, comme Benvenisti, quelque soit la dйtestation qu'il puisse concevoir pour mes idйes ou ma personne, ne niera jamais qu'il y ait un peuple palestinien, qui a йtй forcй а partir en 1948. Un amйricain sioniste maintiendrait, lui, longtemps, qu'il n'y a eu aucune conquкte ou bien, comme Joan Peters l'a prйtendu dans un ouvrage publiй en 1948, aujourd'hui йpuisй en librairie et pratiquement tombй dans l'oubli, intitulй "Depuis la nuit des temps" (cet ouvrage a raflй tous les prix littйraires juifs l'annйe de sa parution aux Etats-Unis), qu'il n'y avait pas de Palestiniens en Palestine avant 1948 (!)..
Tout Israйlien admet sur-le-champ et sait parfaitement bien que l'ensemble d'Israлl йtait autrefois la Palestine, que (chose reconnue ouvertement par Dayan en 1976) chaque ville ou chaque village israйlien portait autrefois un nom arabe. Et Benvenisti dit ouvertement : ""nous" avons vaincu (et conquis)", alors quoi ? Pourquoi nous sentir coupables d'avoir vaincu ?" Le discours sioniste amйricain n'est jamais aussi direct et honnкte : il faut toujours qu'il tourne autour du pot, qu'il fasse fleurir le dйsert, qu'il vante la dйmocratie israйlienne, etc... en occultant totalement les faits, essentiels, survenus en 1948, que pratiquement tout Israйlien a vйcu en direct. Pour les Amйricains, il s'agit presque d'imaginations, de mythes, non de rйalitйs. Les partisans amйricains d'Israлl sont si loin de la rйalitй, tellement pris dans les contradictions de la culpabilitй de la diaspora (en effet, que signifie кtre sioniste et ne pas йmigrer en Israлl ?) et dans leur triomphalisme de minoritй la plus parvenue et la plus puissante des USA, que ce qui (en) йmerge est le plus souvent une mixture effrayante de violence perverse а l'encontre des Arabes, une peur et une haine profondes envers eux, qui rйsulte de leur absence totale de contacts avec eux, а la diffйrence de ce qui se passe pour les Juifs israйliens
Ainsi, pour le sioniste amйricain, les Arabes ne sont pas des кtres vivants, mais des incarnations de tout ce qui peut кtre dйmonisй et mйprisй, plus spйcialement : le terrorisme et l'antisйmitisme. J'ai reзu, derniиrement, une lettre d'un de mes anciens йtudiants, quelqu'un qui a bйnйficiй de la meilleure йducation possible aux Etats-Unis : il peut, malgrй зa, avoir le culot de me demander, en toute honnкtetй et courtoisie, pourquoi, en tant que Palestinien, est-ce que je laisse un nazi comme Hajji Amin (Al-Huseпni) dйterminer mon programme politique ? "Avant Hajj Amin", argue-t-il, "Jйrusalem n'avait aucune importance, pour les Arabes. Mais il йtait tellement diabolique qu'il en a fait un problиme important pour les Arabes, juste pour frustrer les aspirations sionistes, qui ont toujours tenu Jйrusalem pour quelque chose de capital". Ce n'est pas le raisonnement de quiconque a vйcu avec les Arabes et sait un tout petit peu de choses concrиtes а leur sujet. C'est le discours d'une personne qui produit un discours construit et qui est animй d'une idйologie qui considиre les Arabes seulement d'un point de vue nйgatif, comme la personnification de passions antisйmites violentes. Et qui, en consйquence, doivent кtre combattus et si possible йliminйs. Ce ne pas un fruit du hasard si le Dr Baruch Goldstein, meurtrier monstrueux de 29 Palestiniens qui priaient paisiblement а la mosquйe d'Hйbron, йtait amйricain, tout comme l'йtait le rabbin Meir Kahane. Bien loin d'кtre des aberrations qui auraient placй leurs partisans dans l'embarras, Kahane et Goldstein sont rйvйrйs, de nos jours, par des gens de la mкme trempe
Beaucoup des colons d'extrкme droite les plus zйlйs, installйs sur des terres palestiniennes, qui parlent sans aucun remords de la "Terre d'Israлl", comme leur appartenant, qui haпssent et ignorent les propriйtaires et les rйsidents palestiniens qui les entourent, sont eux aussi amйricains. Les voir arpenter les rues d'Hйbron comme si la ville arabe йtait entiиrement а eux est un spectacle qui fait froid dans le dos, dont l'aspect effrayant est encore aggravй par la mйfiance et l'agressivitй dont ils font montre en permanence envers la majoritй arabe
Je donne ici tous ces йlйments de maniиre а illustrer un point essentiel
Lorsque, aprиs la guerre du Golfe, l'OLP a pris la dйcision stratйgique - dйjа prise avant elle par deux pays arabes de majeure importance - de travailler avec le gouvernement amйricain et, si possible, avec le puissant lobby qui contrфle tout examen de la politique amйricaine au Moyen-Orient, elle a pris cette dйcision (comme les deux йtats arabes qui l'avaient devancйe) sur la base d'une profonde ignorance et de suppositions extraordinairement erronйes. L'idйe, telle que me l'a rйsumйe un diplomate arabe de haut rang peu aprиs 1967, йtait de se rendre, carrйment, et de dire : "nous n'allons pas continuer а nous battre. Nous sommes dйsireux dйsormais d'accepter Israлl et d'accepter, aussi, le rфle prйpondйrant des Amйricains dans notre futur". Il n'y avait aucune raison objective d'adopter une telle position, а l'йpoque - comme c'est aujourd'hui le cas : la continuation de la lutte par les Arabes, comme ils l'avaient pratiquйe historiquement, n'йtait pas appelйe inйluctablement а dйboucher sur des dйfaites ou - a fortiori, un dйsastre - ultйrieures
Mais je suis convaincu que remettre la politique des Arabes entre les mains des Etats-Unis, ce qui revient а dire : entre les mains des principales organisations sionistes, йtant donnй leur influence dans tous les secteurs aux Etats-Unis, a reprйsentй une faute politique. Cela revenait а leur dire : "nous ne vous combattrons plus, а l'avenir, laissez-nous vous rejoindre... Mais, s'il vous plaоt, traitez-nous convenablement". Ce qui йtait alors espйrй, c'йtait qu'en faisant des concessions et en disant que nous n'йtions plus leur ennemi, nous deviendrons leurs amis, nous les Arabes..
Le problиme rйside dans la disparitй de puissance (entre les deux camps) qui n'a absolument pas йtй rйduite. Du point de vue du puissant, quelle diffйrence cela peut-il bien faire si votre faible adversaire met les pouces et dit qu'il n'a plus rien а gagner а l'avenir par la lutte, qu'il vous demande de l'adopter, qu'il veut кtre votre alliй : "essaie juste de me comprendre un peu, et alors, peut-кtre seras-tu plus juste ?". Une bonne faзon de rйpondre а cette question de maniиre concrиte et pratique, c'est de regarder la maniиre dont les choses ont tournй dans la compйtition pour les sйnatoriales а New York, oщ Hillary Clinton est opposйe au Rйpublicain Ric Lazio pour le fauteuil occupй actuellement par Daniel Patrick Monihan (Dйmocrate), qui prend sa retraite. L'annйe derniиre, Hillary a dйclarй qu'elle йtait en faveur de l'йtablissement d'un Etat palestinien. Au cours d'une visite non-officielle а Gaza, avec son prйsident de mari, elle a embrassй Soha Arafat. Mais depuis l'ouverture de sa campagne pour les sйnatoriales а New York elle bat mкme les plus extrйmistes des sionistes de droite dans sa dйvotion totale а Israлl et son opposition farouche aux Palestiniens, au point de se dйclarer en faveur du transfert de l'ambassade amйricaine de Tel-Aviv а Jйrusalem et (ce qui est pire) en rйclamant la clйmence pour Jonathan Pollard, un espion israйlien accusй d'espionnage contre les Etats-Unis, et condamnй а la prison а vie. Les candidats rйpublicains opposйs а Hillary Clinton ont tentй de l'embarrasser en la dйpeignant comme une "philarabe" et en diffusant une photographie oщ on la voit embrassant Soha Arafat. New York йtant la citadelle du pouvoir sioniste, attaquer quelqu'un en lui accolant les qualificatifs de "pro-arabe" ou d' "amie de Soha Arafat" йquivaut а la pire des insultes. Tout cela, en dйpit du fait qu'Arafat et l'OLP sont dйclarйs ouvertement alliйs des Etats-Unis, qu'ils reзoivent des aides amйricaines tant militaire que financiиre, et qu'ils bйnйficient des conseils de la CIA sur le plan de la sйcuritй. Pendant ce temps, la Maison Blanche faisait diffuser une photographie de Lazio et Arafat se serrant les mains, vieille de deux ans. Clairement, on rйpondait "coup contre coup"..
La rйalitй, c'est que le discours sioniste est un discours vecteur de pouvoir, et que les Arabes, dans ce discours, sont les objets de ce pouvoir. Les objets mйprisйs, est-il besoin de le prйciser. Ayant remis leur sort entre les mains de ce pouvoir en tant que ses anciens opposants dйsormais soumis, comment (les Arabes) peuvent-ils imaginer se trouver sur un pied d'йgalitй avec lui ? De lа, le spectacle dйgradant et insultant d'Arafat (depuis toujours et pour toujours symbole de l'ennemi dans la mentalitй sioniste) utilisй (comme piиce compromettante) dans un duel tout ce qu'il y a de plus local, aux Etats-Unis, entre deux candidats qui sont rentrйs dans une surenchиre afin de dйmontrer lequel des deux est plus pro-israйlien que l'autre. Notons, d'ailleurs, qu'Hillary Clinton, pas plus que Ric Lazio, ne sont juifs
Dans mon prochain article, j'examinerai comment la seule stratйgie politique possible, pour les politiques arabe et palestinienne aux Etats-Unis, ne consiste ni en un pacte avec les sionistes ici (aux Etats-Unis), ni avec la politique amйricaine elle-mкme, mais bien en une campagne massive et mobilisйe, en direction de la population amйricaine, pour le respect des droits humains, civils et politiques des Palestiniens
Tous les autres arrangements, qu'il s'agisse d'Oslo ou de Camp David, sont vouйs а l'йchec tout simplement parce que le discours officiel est entiиrement dominй par le sionisme et qu'il n'y existe aucune alternative, а quelques exceptions individuelles prиs. Par consйquent, tous les accords de paix conclus sur la base d'une alliance avec les Etats-Unis reprйsentent des (signatures d') alliances qui ne font que renforcer le pouvoir sioniste, bien loin de le contrer. Se soumettre bien bas а une politique moyen-orientale contrфlйe par les sionistes, comme les Arabes le font dйsormais depuis presque une gйnйration, n'apportera jamais ni la stabilitй sur place, ni l'йgalitй et la justice aux Etats-Unis
Toutefois, l'ironie veut qu'une large couche de l'opinion publique amйricaine soit prкte а se montrer critique tant envers Israлl qu'envers la politique йtrangиre amйricaine. La tragйdie, c'est que les Arabes sont trop faibles, trop divisйs, trop dйsorganisйs et trop ignorants pour tirer avantage de cette rйalitй. J'en examinerai les raisons dans mon prochain article, poussй que je suis par l'espoir que nous pouvons tenter d'atteindre une nouvelle gйnйration qui pourrait s'avйrer а la fois йtonnйe et rйvulsйe par la place misйrable, dйnigrйe а laquelle notre peuple et notre culture sont aujourd'hui relйguйs, et le sentiment constant de perte suscitant а la fois indignation et humiliation que nous en concevons tous.

SECONDE PARTIE

Je dois vous relater un petit incident, qui s'est produit, depuis mon premier article, il y a quinze jours de cela. Martin Indyk, ambassadeur des Etats-Unis en Israлl (pour la deuxiиme fois sous l'administration Clinton), a йtй brutalement dйchu de son agrйment de sйcuritй diplomatique par le Dйpartement d'Etat (Affaires Etrangиres, aux Etats-Unis, NdT). Le prйtexte invoquй йtant qu'il aurait utilisй son ordinateur portable (son "sur les genoux", "laptop", comme on dit outre-atlantique, NdT), sans utiliser les mesures de sйcuritй en vigueur et que, de ce fait, il aurait pu rйvйler des informations secrиtes ou livrer des informations semi-secrиtes а des personnes non-habilitйes... Rйsultat : il ne peut plus ni entrer au Dйpartement d'Etat, ni en sortir, sans кtre escortй. Il ne peut pas non plus demeurer en Israлl et il doit mкme, aux derniиres nouvelles, subir un interrogatoire poussй
Peut-кtre ne saurons-nous jamais ce qui s'est rйellement passй. Mais ce qui est public, et n'en a pas moins йtй totalement occultй par les mйdias, c'est le scandale que reprйsente la nomination-mкme de cet Indyk. A la veille de l'intronisation de Clinton, en janvier 1993, on a annoncй que Martin Indyk, nй а Londres et citoyen australien, venait d'кtre naturalisй amйricain а la demande expresse du prйsident nouvellement йlu, mais non encore en charge. Les procйdures habituelles n'ont pas йtй respectйes : il s'agissait d'un "abus de pouvoir lйgal" de l'exйcutif, si bien qu'Indyk, а peine naturalisй citoyen amйricain, put devenir immйdiatement membre du personnel du Conseil de Sйcuritй Nationale, en charge... du Moyen-Orient
Ca, c'йtait un vrai scandale, pour moi, et non pas ce qui a pu lui arriver par la suite du fait de son je-m'en-foutisme ou de son indiscrйtion, ou mкme de sa complicitй dans l'ignorance des codes de conduite officiels
Car, avant de parvenir au coeur-mкme du gouvernement amйricain, а un poste suprкme et largement couvert par le secret, Indyk йtait le directeur de l'Institut Washington pour la politique au Moyen-Orient, un "rйservoir а idйes" (thinktank) pseudo-intellectuel dйvouй а la propagande active en faveur d'Israлl. Il y a assurй la coordination des travaux avec l'AIPAC (Comitй des Affaires Publiques Amйricano-Israйliennes), le lobby le plus influent - et aussi le plus craint - а Washington. Il convient de noter qu'avant de rentrer dans l'administration Bush, Dennis Ross, consultant au Dйpartement d'Etat qui a pilotй le "processus de paix" amйricain, йtait aussi а l'йpoque le directeur de l'Institut Washington, si bien que les ponts entre le lobbying israйlien et la politique extйrieure amйricaine au Moyen-Orient йtaient trиs bien ancrйs, et - osons le mot - trиs frйquentйs
Si l'AIPAC a йtй aussi puissant, durant des annйes, ce n'est pas seulement а cause du fait qu'il repose sur une population juive bien organisйe, ayant beaucoup de relations, trиs en vue, ayant beaucoup de rйussite, et trиs riche, mais parce qu'il ne s'est heurtй, dans une grande mesure, qu'а une rйsistance fort rйduite. L'AIPAC inspire, dans tout le pays, une crainte salutaire et un respect circonspect, mais c'est encore plus vrai а Washington, oщ en quelques heures, pratiquement la quasi-totalitй du Sйnat peut recevoir l'injonction de signer une lettre au Prйsident, en faveur d'Israлl (et y obtempйrer). Qui pourrait se permettre de rйsister а l'AIPAC sans crainte de voir briser sa carriиre au Sйnat, ou a fortiori s'y opposer en invoquant, disons, la cause palestinienne, alors que rien de concret ne saurait кtre offert en compensation de la dйfense de cette cause а quiconque oserait dйfier (cette organisation) ? Par le passй, un ou deux sйnateurs ont tenu tкte ouvertement а l'AIPAC, mais peu aprиs, leur rййlection a йtй bloquйe par les principaux comitйs d'action politique contrфlйs par l'AIPAC, et voilа : aussi simple que cela... Le seul sйnateur qui ait adoptй ce qui ressemble de loin а une sorte de position opposйe а l'AIPAC a йtй un certain James Abu Rezk, mais il ne dйsirait pas кtre rййlu et a prйsentй sa dйmission, en invoquant des raisons personnelles, aprиs la fin de son unique mandat de six ans
Aux Etats-Unis, il n'y a pas un seul commentateur politique qui soit ouvertement et clairement opposй а Israлl. Quelques йditorialistes libйraux, comme Anthony Lewis, du New York Times йcrivent de temps en temps une critique des pratiques israйliennes en matiиre d'occupation, mais rien n'est jamais dit au sujet de 1948 et de l'ensemble du problиme de la dйpossession originelle des Palestiniens, qui se trouve (pourtant) а la racine de l'existence-mкme d'Israлl et de son attitude depuis sa fondation. Dans un article publiй rйcemment, un ancien haut-fonctionnaire du Dйpartement d'Etat, Henry Pracht, a relevй que l'unanimitй йcrasante de l'opinion publique dans tous les secteurs des mйdias amйricains, cinйma, tйlйvision, radio, journaux, hebdomadaires, mensuels, trimestriels et quotidiens : tout le monde, peu ou prou, suit la ligne officielle israйlienne, qui est devenue aussi la ligne officielle amйricaine. Telle est l'identification а laquelle est parvenu le sionisme amйricain au cours des annйes йcoulйes depuis 1967, et qui est exploitйe dans la plupart des discours publics relatifs au Moyen-Orient. Ainsi, politique amйricaine = politique israйlienne, exceptй pour de trop rares occasions (par exemple, le procиs Pollard), lorsqu'Israлl dйpasse les bornes et prйsume qu'il a le droit de se servir (dans la bonbonniиre) sans demander la permission
La critique des pratiques israйliennes est, ainsi, strictement limitйe а des "sorties" occasionnelles qui sont si rares qu'elles en sont pratiquement littйralement invisibles. Le consensus gйnйral est quasi-invincible et tellement puissant qu'il peut кtre imposй partout en restant dans les limites du consensus socialement admis ("mainstream"= le "lit principal du fleuve"). Ce consensus est fait de vйritйs inattaquables concernant le fait qu'Israлl est une dйmocratie, ses vertus fondamentales, la modernitй et le caractиre raisonnable de sa population et de ses politiques. Le rabbin Arthur Hertzberg, un religieux amйricain libйral respectй, a dit un jour que le sionisme йtait "la religion sйculaire de la communautй juive amйricaine"... Ceci est confirmй, visiblement, par plusieurs organisations amйricaines dont le rфle est de rйprimer les tendances du public а commettre des infractions, mкme si de nombreuses autres associations juives animent des hфpitaux, des musйes, des centres de recherche pour le bien du pays tout entier. Cette dualitй ressemble а un paradoxe insolvable dans lequel des initiatives publiques parmi les plus louables coexistent avec les plus mesquines et les plus inhumaines
Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple rйcent, l'Organisation sioniste amйricaine (ZOA : Zionist Organisation of America), groupe de zйlotes peu nombreux mais forts en gueule, a payй un encart publicitaire dans le New York Times du 10 septembre dernier, s'adressant а Ehud Barak comme s'il se fыt agi d'un homme-а-tout-faire des Juifs amйricains, lui rappelant que les six millions qu'ils reprйsentent dйpassent de loin les cinq millions d'Israйliens, qui ont osй, pourtant, prendre l'initiative d'ouvrir des nйgociations sur Jйrusalem... Le communiquй n'йtait pas seulement sur le ton de l'avertissement, mais presque de la menace, disant en substance que le premier ministre d'Israлl avait dйcidй non-dйmocratiquement d'entreprendre ce qui йtait inconcevable ("anathema"), pour les Juifs amйricains, et que ces derniers йtaient extrкmement fвchйs par son comportement. On ne sait pas trиs clairement qui a mandatй cette petite troupe de zйlotes teigneux pour faire la leзon au premier ministre d'Israлl sur un tel ton, mais l'Organisation sioniste amйricaine ZOA se sent le droit d'interfйrer dans les affaires de n'importe qui. Ils йcrivent frйquemment (c'est presque devenu une routine) au prйsident de mon universitй pour lui demander de me licencier ou de me censurer pour un propos que j'ai tenu, comme si les universitйs йtaient des sortes de jardins d'enfants et comme si les professeurs devaient кtre rйprimandйs comme des mineurs dйlinquants. L'annйe derniиre, ils ont montй une campagne pour que je sois virй de mon poste йlectif en tant que prйsident de l'Association pour les Langues Modernes, dont les 30 000 membres ont йtй chapitrйs comme autant de demeurйs. C'est digne du stalinisme le plus prйhistorique, mais c'est typique du sionisme amйricain organisй dans ses pompes et ses oeuvres
De mкme, au cours des derniers mois, divers йcrivains et йditeurs juifs de droite (par exemple, Norman Podhoretz, Charles Krauthammer et William Kristol, pour ne mentionner que quelques-uns des propagandistes les plus persifleurs) ont critiquй Israлl essentiellement parce que sa politique leur dйplaisait, comme s'ils avaient plus de titres que quiconque d'autre а le faire. Leur ton, dans ces articles, et dans d'autres, йtait effrayant : une mixture peu appйtissante d'arrogance йhontйe, de prкche morale, et de la forme la plus rйbarbative d'hypocrisie, le tout avec un air de totale confiance en soi. Ils supposent qu'avec le soutien des organisations sionistes, qui appuient et encouragent leurs dйbordements rйprйhensibles, ils peuvent persйvйrer dans leurs excиs verbaux ahurissants, mais c'est surtout parce que la plupart des Amйricains sont totalement bйotiens dans les problиmes qu'ils abordent ou bien parce qu'ils sont rйduits au silence que ces gens peuvent continuer а profйrer leurs insanitйs, dont la plupart ont peu а voir avec les dйveloppements rйels de la situation politique moyen-orientale. La plupart des Israйliens modйrйs les considиrent avec dйgoыt
Le sionisme amйricain a dйsormais atteint un niveau de pure fantasme dans lequel ce qui est bon pour les sionistes amйricains dans leur apanage et dans leur discours en grande partie complиtement dйconnectй des rйalitйs, est bon pour l'Amйrique et pour Israлl, et bon aussi, en toute certitude, pour les Arabes, les Musulmans et les Palestiniens, qui semblent bien n'кtre guиre plus qu'un ramassis de gкneurs nйgligeables. Quiconque dйfie ou ose les contester (particuliиrement s'il s'agit d'un (ou d'une) Arabe ou Juif (ve) antisioniste) devient l'objet des formes les plus grossiиres d'agression verbale et de vitupйration, toutes plus personnelles, racistes et idйologiques les unes que les autres. Ils sont acharnйs, totalement dйpourvus de gйnйrositй ou de comprйhension authentiquement humaine. Dire que leurs diatribes et analyses adoptent un style "vйtйrotestamentaire", ce serait blasphйmer en insultant l'Ancien Testament
En d'autres termes, une alliance avec eux, telle celle que les Etats arabes et l'OLP ont essayй de mettre sur pied depuis la guerre du Golfe, dйnote une ignorance des plus invйtйrйes. Ils sont opposйs, de maniиre viscйrale, а tout ce que les Arabes, les Musulmans, et tout particuliиrement, les Palestiniens dйfendent, et ils attendent la meilleure occasion - la premiиre - pour tout faire sauter, plutфt que faire la paix avec eux. Toutefois, il est vrai aussi que la plupart des citoyens ordinaires sont souvent stupйfaits de constater la violence de leur discours, mais ils n'ont pas rйellement conscience de ce qu'il y a derriиre elle. Lorsque vous parlez avec des Amйricains qui ne sont ni Juifs, ni Arabes, et qui ne savent rien du Moyen-Orient, vous trouvez chez eux, le plus souvent, une interrogation et une certaine exaspйration devant les tartarinades constantes (de ces sionistes extrйmistes), comme si l'ensemble du Moyen-Orient йtait а eux et qu'ils n'avaient qu'а tendre le bras pour s'en emparer. J'en ai dйduit que le sionisme, aux Etats-Unis, est non seulement un fantasme construit sur des fondations on ne peut plus branlantes, mais qu'il est impossible de conclure avec lui une quelconque alliance ou d'en attendre de quelconques йchanges rationnels. Mais aussi qu'il peut кtre disqualifiй et vaincu
Je n'ai pas cessй, depuis le milieu des annйes quatre-vingt, de proposer а la direction de l'OLP et а tout Palestinien ou tout Arabe que j'ai pu rencontrer l'idйe que la tentative de l'OLP d'attirer l'attention du prйsident (Clinton, NdT) йtait totalement illusoire, йtant donnй que tous les prйsidents (amйricains) rйcents se sont avйrйs кtre des sionistes zйlйs, et que la seule maniиre d'amener un changement de la politique amйricaine et de pouvoir rйaliser l'autodйtermination (palestinienne), c'йtait d'avoir recours а une large campagne de mobilisation en faveur des droits humains des Palestiniens, campagne qui aurait pour effet de gagner du terrain sur le monopole actuel des sionistes et d'atteindre l'opinion publique amйricaine. Non-informйs, et cependant ouverts а des appels а la justice comme ils le sont, les Amйricains auraient rйagi comme ils l'ont fait pour la campagne de l'ANC contre l'apartheid, qui a fini par aboutir au changement de l'йquilibre des forces а l'intйrieur mкme de l'Afrique du Sud. Pour кtre honnкte, je dois mentionner que James Zoghby, alors activiste йnergique des droits de l'homme (avant qu'il ne se jette entre les bras d'Arafat, du Gouvernement amйricain et du Parti dйmocrate), a йtй l'un des initiateurs de cette idйe. Le fait qu'il l'ait complиtement abandonnйe indique bien plus а quel point James a changй qu'il ne signifie que cette idйe elle-mкme serait dйpassйe
Mais il est йgalement devenu trиs clair pour moi que l'OLP ne le fera jamais, pour plusieurs raisons. Cela lui demanderait du travail et du dйvouement. Cela reviendrait aussi а йpouser une philosophie politique qui serait celle d'une organisation rйellement dйmocratique. Ensuite, cela devrait relever d'un mouvement, beaucoup plus que d'une initiative personnelle attribuable au leader actuel. Enfin, cela demanderait une connaissance rйelle - et non une connaissance superficielle - de la sociйtй amйricaine. S'ajoute а cela le fait que j'avais acquis la conviction que la mentalitй traditionnelle qui n'a jamais cessй de nous maintenir dans une mauvaise position serait trиs difficile а changer, et le temps m'a, hйlas, donnй raison. Les accords d'Oslo ont йtй beaucoup plus l'acceptation dйpourvue de toute perspective par les Palestiniens de la suprйmatie israйlo-amйricaine plus qu'une tentative d'y porter remиde
En tous les cas, toute alliance ou tout compromis avec Israлl dans les circonstances actuelles, avec une politique amйricaine totalement dominйe par le sionisme amйricain, serait promis(e) en gros aux mкmes rйsultats pour les Arabes, en gйnйral et les Palestiniens, en particulier. Israлl doit dominer, les prйoccupations d'Israлl sont premiиres, l'injustice systйmique d'Israлl se poursuivra. A moins que l'on ne s'occupe du sionisme amйricain et qu'on ne le force а changer - ce qui n'est pas si difficile que cela en a l'air, comme j'essaierai de le dйmontrer dans mon prochain article - les rйsultats seront les mкmes : dйconvenue et discrйdit pour nous, les Arabes. TROISIEME PARTIE
Les йvйnements de ces quatre derniиres semaines, en Palestine, ont йtй un triomphe quasi-total pour le sionisme, aux Etats-Unis, pour la premiиre fois depuis la rй-йmergence moderne du mouvement national palestinien а la fin des annйes soixante. Les discours, tant politique que public, ont а tel point fait d'Israлl la victime des affrontements actuels qu'en dйpit du fait que 140 Palestiniens aient perdu la vie (а la date de l'article NdT) et que 5 000 blessйs graves palestiniens aient йtй recensйs, c'est en permanence d'une fable intitulйe "violence palestinienne" qui aurait interrompu le cours tranquille et rйgulier du "processus de paix" qu'il est question. Nous sommes dйsormais en prйsence d'une petite litanie de phrases que tout йditorialiste soit rйpиte "verbatim" (telles quelles), soit prend pour argent comptant : ces phrases-slogans ont йtй gravйes dans les tympans, les esprits et les mйmoires en guise de guide pour les йgarйs, de manuel ou de machine а dupliquer des phrases qui encombrent l'atmosphиre depuis au moins un mois maintenant. Je pourrais citer la plupart de ces phrases par coeur : Barak a offert plus de concessions а Camp David qu'aucun premier ministre israйlien ne l'avait jamais fait (90 % des territoires et souverainetй partielle sur Jйrusalem-Est) ; Arafat s'est montrй lвche, il lui a manquй le courage nйcessaire pour accepter les offres d'Israлl permettant de mettre un terme au conflit ; la violence palestinienne, orchestrйe par Arafat, a menacй Israлl (toutes sortes de variantes pour cette derniиre assertion, allant du dйsir d'йliminer Israлl de la carte, l'antisйmitisme, une rage suicidaire motivйe par le dйsir de passer а la tйlйvision, en mettant les enfants en premiиre ligne afin que ce soient eux qui deviennent des martyrs (!), prouvant qu'une vieille "haine" des Juifs est le vrai mobile des Palestiniens ; Arafat est un leader dйconsidйrй, qui laisse son peuple attaquer les Juifs et qui les incite mкme а le faire en libйrant des terroristes (emprisonnйs) et en laissant publier des livres scolaires qui dйnient а Israлl le droit а l'existence... J'oublie certainement une ou deux formules, mais l'image gйnйrale est qu'Israлl est а tel point cernй de barbares lanceurs de pierres que mкme les missiles, les tanks et les mitrailleuses hйliportйes qui ont йtй utilisйs par les Israйliens de maniиre а "rйsister" а la violence (palestinienne) rйussissent а grand-peine а contenir une force terrifiante. Les injonctions de Bill Clinton (rabвchйes consciencieusement, tel un perroquet, par sa Secrйtaire d'Etat (Madeleine Albright, NdT)) aux Palestiniens de "se retirer" poussent le bouchon un peu loin dans la suggestion que ce serait les Palestiniens qui empiйteraient sur le territoire israйlien, et non le contraire... Il faut aussi noter que la sionisation des mйdias a йtй si efficace qu'aucune carte n'a йtй publiйe ou montrйe а la tйlйvision qui aurait pu rappeler aux tйlйspectateurs ou aux lecteurs amйricains - dont l'ignorance tant en gйographie qu'en histoire est notoire - que les colonies, les implantations, les routes et les barrages israйliens zиbrent littйralement le territoire palestinien, а Gaza comme en Cisjordanie. Plus, comme cela avait dйjа йtй le cas, а Beyrouth, en 1982, les Palestiniens sont soumis а un vйritable siиge israйlien, y compris Arafat et ses hommes. Complиtement oubliй aussi - encore eыt-il fallu qu'il ait йtй compris - le systиme des zones A, B et C qui permet а l'occupation militaire de 40 % de la superficie de la bande de Gaza et а 60 % de celle de la Cisjordanie de se perpйtuer, occupation а laquelle les accords d'Oslo n'avaient jamais envisagй de mettre un terme, ils n'envisageaient d'ailleurs mкme pas de lui apporter une quelconque modification. Comme l'absence de toute rйfйrence gйographique dans ce conflit de nature essentiellement gйographique le laisse prйvoir, le vide rйsultant est un йlйment fondamental dиs lors que les images qui sont montrйes ou dйcrites (par les mйdias) le sont en l'absence de tout contexte. Je pense que l'omission de tout contexte gйographique par les mйdias sionisйs йtait dйlibйrйe, а l'origine, et qu'elle est dйsormais devenue systйmatique. Ceci a permis а des commentateurs-maison, tels que Thomas Friedman, de passer en contrebande ses cвbles d'une maniиre йhontйe, en se rйpandant sur l'йquitй amйricaine, la souplesse et la gйnйrositй israйliennes, et son propre pragmatisme personnel, grвce auquel il descend en flammes les leaders arabes et assomme ses lecteurs qui bвillent d'ennui. Ceci a pour effet, non seulement de permettre а la notion complиtement ahurissante de l'agression palestinienne contre Israлl de prйvaloir, mais aussi de dйshumaniser encore un peu plus les Palestiniens, d'en faire des bкtes sans conscience, agissant sans raison. Aussi ne faut-il pas кtre йtonnй, lorsque les chiffres des morts et des blessйs sont citйs, si on ne prйcise pas de nationalitйs : ceci laisse entendre aux Amйricains que les souffrances sont divisйes а parts йgales entre les "belligйrants", ce qui a pour effet d'augmenter la souffrance des Juifs et de diminuer d'autant, voire d'йliminer complиtement les sentiments des Arabes, sauf, йvidemment, leur rage. La rage et ses dйrivйs restent ainsi les seules йmotions palestiniennes, elles en deviennent mкme, pour le coup, la caractйristique. Ceci explique la violence, et vйritablement, la rйifie, si bien qu'Israлl en arrive а reprйsenter un Etat normal, dйmocratique, а jamais cernй par la rage et la violence. Aucun autre processus ne saurait expliquer logiquement la confrontation opposant des lanceurs de pierres а la vaillante "dйfense" israйlienne. Pas un mot sur les dйmolitions de maisons, les expropriations de terres, les arrestations illйgales, la torture, etc... Rien n'est citй au sujet de ce qui est (а l'exception de l'occupation de la Corйe par les Japonais) la plus longue occupation militaire de l'histoire moderne, rien non plus au sujet des rйsolutions de l'ONU, rien sur les souffrance d'un peuple entier et la duretй d'un autre
Oubliйs la catastrophe de 1948, le nettoyage ethnique et ses massacres, la dйvastation de Qibya, de Kafr Qassem, de Sabra et Shatila, les longues annйes de gouvernement militaire imposй aux citoyens non-juifs, pour ne rien dire de leur oppression continuelle en tant que minoritй persйcutйe de 20% de la population de l'Etat juif. Ariel Sharon, dans le meilleur des cas, est un provocateur, et non un criminel de guerre. Ehud Barak est un homme d'йtat, jamais le bourreau de Beyrouth. Le terrorisme est toujours inscrit au crйdit des Palestiniens, et l'auto-dйfense а celui d'Israлl, dans une sorte de grand livre de comptabilitй. Ce que Friedman et les "peaceniks" pro-israйliens se gardent de mentionner, lorsqu'ils cйlиbrent la gйnйrositй inouпe de Barak, c'est sa rйelle substance. On se garde de nous rappeler que son engagement а un troisiиme retrait (d'environ 12% des territoires), а Wye Plantation, il y a 18 mois, n'a jamais йtй honorй
Quelle valeur pourraient donc avoir de telles "concessions" ? On nous dit que Barak envisageait de rendre 90% des territoires occupйs. Ce qu'on ne nous dit pas, en revanche, c'est qu'il s'agit de 90% des territoires extйrieurs а ce qu'Israлl n'a aucune intention de rendre. Le grand Jйrusalem reprйsente plus de 30 % de la Cisjordanie ; de vastes colonies promises а l'annexion reprйsentent 15 % supplйmentaires ; les routes militaires occupent une superficie qui reste encore а dйterminer. Ainsi, une fois tout ceci dйduit, 90 % du restant ne reprйsentent pas grand-chose. Ainsi, pour Jйrusalem : la concession israйlienne йtait essentiellement de consentir а ouvrir des discussions et peut-кtre - peut-кtre, seulement - d'offrir une autoritй conjointe sur l'esplanade des Mosquйes (Al-Haram al-Sharif). La malhonnкtetй, qui coupe le souffle, lа-dedans, c'est que la totalitй de Jйrusalem-Ouest (principalement arabe, en 1948) avait dйjа йtй concйdйe par Arafat, plus la majoritй de Jйrusalem-Est, qui a connu une expansion urbaine йnorme. Encore un dйtail : les tirs palestiniens, avec des armes lйgиres, contre Gilo sont gйnйralement prйsentйs comme de la violence gratuite, alors que personne ne rappelle que Gilo est lui-mкme un quartier installй sur des terres confisquйes au quartier de Beit Jala, d'oщ proviennent les tirs mentionnйs. De plus, Beit Jala a subi un bombardement complиtement disproportionnй, infligй par des hйlicoptиres israйliens utilisant des missiles pour dйtruire des maisons d'habitation. J'ai procйdй а un suivi des principaux journaux. Continыment, depuis le 28 septembre, le New York Times, le Washington Post, le Wall Street Journal, le Los Angeles Times et le Boston Globe ont comportй quotidiennement, en moyenne, trois tribunes libres. A l'exception, peut-кtre, de deux ou trois articles йcrits d'un point de vue pro-palestinien dans le Los Angeles Times, de deux autres (l'un, йcrit par une juriste israйlienne, Alegra Pacheco, l'autre par un journaliste libйral jordanien pro-Oslo, Rami Khoury), dans le New York Times, tous les articles - (en y incluant ceux йcrits par des йditorialistes rйguliers comme Friedman, William Safire, Charles Krauthammer et assimilйs), ont йtй favorables а Israлl, au processus de paix sponsorisй par les Etats-Unis, et а l'idйe que la violence palestinienne, le manque de coopйration d'Arafat, le fondamentalisme islamique йtaient les coupables. Les auteurs (de ces articles) йtaient d'anciens militaires amйricains, des officiels civils, des apologistes et des officiels d'Israлl, des experts et autres spйcialistes de "rйservoirs а idйes" (think tanks) des officiels de lobbies et d'organisations pro-israйliens. Autrement dit, la couverture du consensus admis (mainstream) a йtй rйalisйe en supposant qu'aucune position palestinienne, arabe, ou islamique sur des sujets tels que les tactiques de terreur employйes par Israлl а l'encontre des civils, le colonialisme de peuplement ou l'occupation militaire, n'existait ou ne mйritait d'кtre entendue. Ceci est sans prйcйdent dans les annales de l'histoire du journalisme aux Etats-Unis, et reflиte bien une mentalitй sioniste qui fait d'Israлl la norme en matiиre de comportement humain, et qui, par consйquent, йlimine d'une telle catйgorisation l'existence de 300 millions d'Arabes et de 1,2 milliards de Musulmans. A long terme, il s'agit pour les Sionistes d'une position suicidaire, mais l'arrogance que leur donne leur position de pouvoir semble faire que cette idйe n'a apparemment encore effleurй personne. La mentalitй que je viens de dйcrire est rйellement renversante et l'on pourrait, s'il ne s'agissait tout simplement d'une distorsion pratique aussi bien que rйelle de la rйalitй, йvoquer aisйment une forme particuliиre de dйrangement mental. Mais elle correspond trиs exactement а la politique israйlienne officielle, qui consiste а ne pas considйrer les Palestiniens comme un peuple ayant une histoire de dйpossession dont Israлl est, dans une large mesure, directement responsable, mais comme une nuisance pйriodique contre laquelle la force, et surtout pas la comprйhension ni un rйel compromis, est la seule rйponse possible. Quoi que ce soit d'autre serait littйralement impensable. Cette cйcitй йtonnante est aggravйe, aux Etats-Unis, par le fait que ni les Arabes, ni les Musulmans ne font l'objet d'une grande curiositй, sauf en tant que tкtes de Turcs pour tout aspirant-politicien (comme je l'ai indiquй dans un prйcйdent article). Il y a quelques jours de cela, Hillary Clinton a annoncй, dans un mise en scиne d'une hypocrisie des plus abjectes, qu'elle allait rendre 50 000 dollars de dons reзus d'une association de Musulmans amйricains parce que, a-t-elle dйclarй, ils encourageaient le terrorisme : il s'agit-lа, bien sыr, d'un mensonge йhontй, le groupe en cause ayant seulement dйclarй qu'il soutenait la rйsistance des Palestiniens face а Israлl dans la crise actuelle, ce qui ne reprйsente pas, en soi, une position malencontreuse, mais ce qui est criminalisй, dans le systиme amйricain uniquement parce qu'un sionisme totalitaire exige que toute critique - je dis bien : toute - de ce qu'Israлl fait est tout bonnement intolйrable et considйrй comme de l'antisйmitisme а l'йtat pur. Et cela, malgrй le fait que (lа encore, littйralement) le monde entier a critiquй les politiques israйliennes d'occupation militaire, de violence disproportionnйe, d'йtat de siиge imposй aux Palestiniens. En Amйrique, vous devez vous abstenir de tout forme de critique, car, sinon, vous кtes pourchassй en votre qualitй d'antisйmite mйritant l'opprobre le plus sйvиre. Une autre particularitй du sionisme amйricain, qui est un systиme de pensйe antithйtique et de distorsion Orwellienne, est qu'il est impardonnable de parler de violence juive, ou d'actions menйes par les Juifs lorsqu'il s'agit d'Israлl, mкme si tout ce que fait Israлl est fait au nom du peuple juif, pour et par un Etat juif. Le fait que cet Etat est mal-nommй, йtant donnй que vingt pour cent de sa population ne sont pas des Juifs, n'est jamais mentionnй, et ceci est а prendre en compte йgalement, dans le hiatus йtonnant, entiиrement dйlibйrй entre ce que les mйdias nomment les "Arabes israйliens" et les "Palestiniens" : aucun lecteur ou aucun tйlйspectateur ne peut censйment savoir qu'il s'agit du mкme peuple, en rйalitй divisй par la politique sioniste, ni que les deux communautйs reprйsentent le rйsultat de la politique israйlienne : apartheid, dans un cas ; occupation militaire et nettoyage ethnique, de l'autre. Enfin, le sionisme amйricain a fait de toute discussion sйrieuse au sujet d'Israлl, de loin l'Etat qui reзoit le plus d'aide aux pays йtrangers accordйe par les Etats-Unis, ou au sujet de son passй et de son futur, des tabous qui ne sauraient кtre brisйs sous aucun prйtexte. Qualifier cela de dernier tabou dans le discours public amйricain, n'est absolument pas exagйrй. L'avortement, l'homosexualitй, la peine de mort, mкme le sacro-saint budget de l'armйe ont йtй discutйs avec une certaine libertй (mais, toujours, dans certaines limites). Le drapeau amйricain peut кtre brыlй en public, alors que le traitement infligй sans discontinuer par Israлl aux Palestiniens depuis 52 ans est virtuellement inimaginable, comme s'il s'agissait d'un roman n'ayant pas reзu l'imprimatur. Ce consensus serait peut-кtre tolйrable s'il ne hissait pas le chвtiment continu et la dйshumanisation du peuple palestinien au rang d'une authentique vertu. Il n'y a tout simplement pas d'autre peuple, dans le monde d'aujourd'hui, dont le massacre (montrй) sur les йcrans de tйlйvision semble кtre considйrй par la plupart des tйlйspectateurs amйricains comme acceptable, en tant que punition bien mйritйe. C'est le cas des Palestiniens dont les morts quotidiennes, durant le mois йcoulй, sont mises sous la rubrique "la violence des deux cфtйs", comme si les pierres et les frondes des jeunes gens poussйs а bout par l'injustice et la rйpression reprйsentaient un dйlit majeur plutфt qu'une rйsistance courageuse opposйe au sort avilissant que leur rйservent non seulement les soldats israйliens armйs par les Etats-Unis, mais aussi par processus de paix prйvu pour les parquer dans des bantoustans et des rйserves dignes d'animaux. Que les partisans d'Israлl aient pu comploter, sept ans durant, pour finir par produire un document destinй essentiellement а enfermer un peuple comme des internйs dans un asile ou une prison : voilа quel est le vrai crime. Quant а prйsenter cela comme une paix et non comme la pure et simple dйsolation que cela a toujours йtй depuis le dйbut, voilа qui dйpasse mes capacitйs а le comprendre ou а le dйcrire autrement que par les termes d'immoralitй dйbridйe. Ce qui est pire que tout, c'est que le mur protйgeant le discours amйricain sur Israлl est si blindй qu'aucune question ne peut кtre adressйe aux cerveaux qui ont produit Oslo et qui ont continuй а vendre leur schйma au monde entier, sept ans durant, en le faisant passer pour la paix. On ne sait pas ce qui est plus pernicieux, la mentalitй qui pense que les Palestiniens n'ont mкme pas le droit d'exprimer un sentiment d'injustice (ils sont trop primitifs pour cela) ou celle qui continue, d'une maniиre impavide, а fomenter leur futur esclavage. Si c'йtait lа tout, ce serait dйjа trop
Mais notre statut misйrable, d'aprиs la cosmogonie imposйe par le sionisme amйricain, est aggravй par l'absence d'une quelconque institution ici (aux Etats-Unis, NdT) ou dans le monde arabe, qui soit prкte et capable de produire une alternative. J'ai bien peur que la couverture (mйdiatique) des manifestants qui lancent des pierres а Bethlehem, Gaza, Ramallah, Naplouse et Hйbron risque fort de ne pas кtre prise en compte de maniиre adйquate par une direction palestinienne paniquйe, incapable de se retirer ou d'aller de l'avant. C'est on ne peut plus regrettable



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